La transparence financière est devenue un pilier incontournable du droit des affaires. Que vous soyez entrepreneur, investisseur ou gestionnaire de patrimoine, la déclaration des bénéficiaires effectifs au registre n'est plus une option : c'est une obligation légale stricte. En France, en Suisse et dans toute l'Union européenne, les autorités durcissent considérablement les contrôles. Cet article vous explique les règles applicables, les pièges à éviter et comment vous mettre en conformité rapidement.

Le cadre européen : la 5ème directive anti-blanchiment et le registre français des bénéficiaires effectifs

La 5ème directive anti-blanchiment de l'Union européenne (directive 2018/843) a profondément transformé le paysage réglementaire. Son objectif est simple : tracer le véritable propriétaire d'une société, au-delà des structures juridiques interposées.

En France, cette directive s'est concrétisée par la création du Registre des Bénéficiaires Effectifs (RBE), géré par Infogreffe. Depuis le 1er janvier 2019, toute personne morale immatriculée au Registre du Commerce et des Sociétés (RCS) doit déclarer ses bénéficiaires effectifs. Pas de dérogation, pas d'exception pour les petites entreprises.

Le RBE est alimenté directement via la plateforme Infogreffe. Les informations requises incluent l'identité complète du bénéficiaire effectif, sa date de naissance, son adresse, le pourcentage de droits de vote ou de capital détenu, ainsi que la nature et l'étendue du contrôle exercé.

Cette obligation s'applique à tout bénéficiaire détenant plus de 25 % du capital ou des droits de vote, directement ou indirectement. La notion d'indirecte est clé : si vous contrôlez une holding qui elle-même contrôle une société, vous êtes bénéficiaire effectif de cette dernière.

Le cadre suisse : la LBA et la vérification de l'ayant droit économique

La Suisse a un régime légèrement différent, basé sur la Loi sur le Blanchiment d'Argent (LBA). Il n'existe pas de registre public centralisé équivalent au RBE français, mais une obligation de vérification de l'ayant droit économique incombant aux institutions financières et aux intermédiaires.

Les banques suisses, les fiduciaires et les sociétés de services financiers doivent connaître le véritable propriétaire des comptes et des structures qu'elles gèrent. Cette obligation est contrôlée par l'Autorité de Surveillance du Marché Financier (FINMA) et les cantons.

Contrairement à la France, la Suisse n'impose pas une déclaration centralisée au gouvernement. Cependant, les informations doivent être documentées et conservées pendant 5 ans minimum. En cas de contrôle fiscal ou anti-blanchiment, ces documents sont demandés immédiatement.

Pour les sociétés anonymes suisses (SA) et les sociétés à responsabilité limitée (Sàrl), l'identification des bénéficiaires effectifs est obligatoire. Le Registre du Commerce suisse enregistre les administrateurs, mais pas nécessairement les propriétaires réels — d'où l'importance de la documentation interne.

L'arrêt CJUE de novembre 2022 : l'accès public au registre invalidé

En novembre 2022, la Cour de Justice de l'Union Européenne a rendu un arrêt majeur : l'accès public au registre des bénéficiaires effectifs violait le droit à la vie privée et à la protection des données personnelles.

Concrètement, cela signifie que le registre français n'est plus accessible au grand public. Les informations déclarées au RBE ne peuvent être consultées que par les autorités publiques (fiscales, judiciaires, anti-blanchiment), les personnes ayant un intérêt légitime justifié, et les partenaires commerciaux sous certaines conditions.

Cette décision a apaisé les craintes concernant la vie privée, mais elle n'a aucunement supprimé l'obligation de déclaration. Au contraire, elle l'a renforcée : les autorités utilisent ces données de façon intensive pour le contrôle fiscal et la prévention du blanchiment.

Pour la Suisse, cette jurisprudence européenne n'a pas d'effet direct, mais elle a influencé la pratique des institutions financières suisses qui opèrent en Europe.

Les obligations des sociétés et des trusts/fiducies

Vous êtes gérant, associé ou administrateur ? Vous êtes responsable de la déclaration des bénéficiaires effectifs au registre. Cette responsabilité est personnelle et pénale.

En France

La déclaration doit être faite lors de l'immatriculation ou avant. Toute modification (entrée ou sortie d'un bénéficiaire, changement de pourcentage) doit être déclarée dans les 30 jours. Les informations doivent rester à jour en permanence. La plateforme Infogreffe permet les mises à jour en ligne.

En Suisse

Pas de registre public, mais une obligation de documentation. Votre institution financière ou fiduciaire vous demandera cette information. La mise à jour doit être communiquée rapidement en cas de changement. La documentation doit être conservée et produite sur demande.

Un détail important : si plusieurs personnes physiques dépassent le seuil de 25 %, elles doivent toutes être déclarées. Il n'y a pas de limite au nombre de bénéficiaires effectifs à déclarer.

Sanctions en cas de non-déclaration : des pénalités à ne pas sous-estimer

Négliger vos obligations de déclaration de bénéficiaires effectifs au registre peut vous coûter très cher.

En France

  • Amende de 7 500 € par bénéficiaire effectif non déclaré
  • Si vous avez oublié de déclarer 3 bénéficiaires : 22 500 € minimum
  • Majoration de 10 % par année de retard
  • Risque de poursuites pénales pour fraude documentaire si la non-déclaration est intentionnelle
  • Blocage des opérations bancaires de la société en cas de contrôle
  • Annulation des actes si non-conformité découverte a posteriori

En Suisse

  • Les sanctions relèvent du droit fédéral anti-blanchiment (jusqu'à CHF 100 000)
  • Sanctions administratives de votre institution financière ou fiduciaire
  • Risque de radiation des registres professionnels
  • Gel des comptes et des transactions en cas de suspicion de blanchiment

Ces sanctions ne sont pas théoriques. Les autorités mènent des contrôles réguliers, notamment en cas de transactions suspectes, de redressements fiscaux ou de procédures judiciaires.

Articulation avec la fiducie : le bénéficiaire de la fiducie doit-il être déclaré au RBE ?

C'est une question clé pour les patrimoines transfrontaliers. La réponse dépend de la structure utilisée.

Si vous utilisez une fiducie suisse

Une fiducie (ou trust) place les biens sous le contrôle d'un fiduciaire. Ce dernier ne détient pas les biens en son nom personnel, mais en qualité de fiduciaire. La question devient : qui doit être déclaré en France ?

  • Le fiduciaire lui-même n'est pas bénéficiaire effectif (ce n'est qu'un gérant)
  • Le bénéficiaire de la fiducie (celui qui en tire les fruits) doit être déclaré s'il contrôle indirectement plus de 25 %
  • Le constituant (celui qui a créé la fiducie) peut aussi être considéré comme bénéficiaire effectif s'il conserve le contrôle

En pratique, si vous avez transféré vos participations dans une fiducie suisse gérée par un fiduciaire professionnel, et que vous êtes le bénéficiaire économique, vous devez vous déclarer au RBE français pour les sociétés françaises que vous contrôlez indirectement via la fiducie.

Pour des conseils précis sur votre structure de fiducie, nous vous recommandons de consulter des spécialistes en gestion patrimoniale transfrontalière comme Fiducie Sûreté ou Fiducie Gestion, qui travaillent en étroite collaboration avec nous pour l'aspect juridique et fiscal.

Le rôle de l'avocat dans la mise en conformité

Mettre en conformité votre situation n'est pas une simple formalité administrative. C'est un travail juridique stratégique qui mérite une expertise pointue.

Un avocat franco-suisse spécialisé peut vous aider à identifier les bénéficiaires effectifs en qualifiant correctement la notion de contrôle, construire une documentation solide (déclarations, preuves, organigrammes patrimoniaux), préparer les déclarations sur la plateforme Infogreffe, gérer les structures transfrontalières en harmonisant les obligations françaises et suisses, et vous défendre en cas de contrôle devant les autorités fiscales ou judiciaires.

Comme le souligne notre cabinet basé à Paris et Genève, la conformité en matière de bénéficiaires effectifs est un enjeu clé de la gouvernance d'entreprise, surtout en contexte transfrontalier. Négliger cette dimension peut avoir des conséquences graves pour votre entreprise et votre patrimoine personnel.

Questions fréquemment posées

Qui doit déclarer les bénéficiaires effectifs au registre ?

En France, toute personne morale immatriculée au RCS (SARL, SA, SAS, SCI, etc.) doit déclarer ses bénéficiaires effectifs. En Suisse, il n'existe pas de registre public centralisé, mais les institutions financières et fiduciaires exigent cette information. Est considéré comme bénéficiaire effectif toute personne physique qui détient, directement ou indirectement, plus de 25 % du capital ou des droits de vote, ou qui exerce un contrôle effectif sur la structure.

Quelles informations doivent figurer au registre des bénéficiaires effectifs ?

Le registre des bénéficiaires effectifs exige les informations suivantes : identité complète (nom, prénom), date de naissance, adresse personnelle, nationalité, pourcentage de capital et droits de vote détenus, et la nature de l'influence exercée. En cas de contrôle indirect via une holding ou une fiducie, la chaîne de contrôle doit être documentée jusqu'à la personne physique ultime.

La fiducie est-elle concernée par le registre des bénéficiaires effectifs ?

Une fiducie ou un trust n'est pas soumis à l'obligation de déclaration en lui-même, mais les bénéficiaires économiques d'une fiducie qui contrôlent indirectement une société française doivent se déclarer au RBE. Le fiduciaire (gestionnaire) n'est pas considéré comme bénéficiaire effectif ; seul le bénéficiaire économique et le constituant le sont. Pour les structures transfrontalières, un audit juridique est recommandé.

Quelles sont les sanctions en cas de non-déclaration ?

En France, l'amende s'élève à 7 500 € par bénéficiaire non déclaré, avec une majoration de 10 % pour chaque année de retard. En Suisse, les sanctions relèvent du droit fédéral anti-blanchiment (jusqu'à CHF 100 000) et peuvent inclure le gel des comptes. Au-delà des amendes, la non-déclaration peut entraîner des poursuites pénales et le blocage des transactions bancaires.

Conclusion

La déclaration des bénéficiaires effectifs au registre n'est pas une option : c'est une obligation légale contraignante, en France comme en Suisse. L'arrêt CJUE de 2022 a certes limité l'accès public au registre, mais il n'a en rien supprimé l'obligation de déclaration. Au contraire, les autorités utilisent ces données de façon intensive.

Si votre situation présente une dimension transfrontalière (sociétés françaises et suisses, fiducies, holdings imbriquées), la complexité augmente considérablement. Vous avez intérêt à vous entourer d'experts qui comprennent les deux systèmes juridiques.

Ne laissez pas cette question en suspens. Les amendes sont lourdes, les risques réputationnels importants, et les autorités de plus en plus vigilantes. Contactez un avocat spécialisé pour auditer votre situation, identifier vos bénéficiaires effectifs, et mettre en place les déclarations adéquates.

Notre cabinet, basé à Paris et Genève, est à votre disposition pour vous accompagner dans cette démarche de conformité.